Le Privilège de la Culpabilité

Coupable d’avoir, dans le passé, utilisé un vocabulaire genré sans en avoir pleinement conscience, un vocabulaire qui a pu blesser.
Coupable d’avoir longtemps négligé de partager équitablement les tâches domestiques avec ma compagne.
Fier d’avoir partagé avec elle les tâches éducatives, les toilettes et les soins apportés à nos enfants.
Coupable de prêter encore trop souvent une attention plus soutenue à un orateur masculin qu’à une oratrice.
Fier d’avoir toujours veillé à rémunérer mes employées au même niveau que mes employés.
Coupable de ne pas avoir été respectueux envers une fille de mon âge lorsque je n’avais qu’une dizaine d’années.
Heureux de nettoyer moi-même les sols et les toilettes de mon studio.
Non coupable d’être de sexe masculin, mais profondément en colère que notre monde soit si cruel et injuste envers les personnes de sexe féminin.
Content d’avoir abandonné l’idée reçue que je ne pourrais jamais être attiré par un homme.
Ai-je une part féminine en moi ?
Je refuse de répondre à cette question. Tenter d’y répondre ne fait qu’alimenter une différenciation construite socialement, une binarité qui limite nos relations aux autres.
Je n’ai été que trop coupable. Puis-je rembourser mes dettes ?
La prise de conscience est nécessaire, mais elle ne suffit pas. C’est un travail de chaque instant : déconstruire les préjugés, questionner les habitudes, briser les entraves qui nous empêchent de penser librement et d’accéder à une pensée véritablement libre.
Un travail intellectuel, une méditation de chaque instant, un effort qui me semble souvent herculéen, tant les réflesxes sont ancrés profondément.
Ce regard intérieur, ce pas de côté, cette introspection est à la foi douloureuse et enthousiasmante.
Douloureuse car bien je souvent je me vois retomber dans mes travers de pensées immatures.
Douloureuse aussi car elle me rejoint l’image d’un conditionnement ultra puissant.
Enthousiasmante car elle porte l’espoir d’une émancipation intellectuelle et spirituelle, l’espoir de pouvoir faire la paix avec une partie de moi-même.
Par nature, nous sommes mâle ou femelle. Par construction sociale, nous devenons homme ou femme. Et il est un fait irréfutable que cette construction a trop souvent desservi les personnes assignées au genre féminin.
L’égalité de genre est une idée éminemment respectable, mais elle reste encore un peu trop réductrice quand on souhaite bâtir des relations interpersonnelles riches, authentiques et dépourvues d’à priori et d’ambiguïtés.
Plutôt que de parler d’égalité de genre, parlons d’égalité de traitement des personnes.
Pensons “Abolition du genre” !

Existera-t-il un jour un monde où l’on pourra s’adresser à autrui en disant simplement « Bonjour », sans ajouter de « Monsieur » ou de « Madame » ?
Si nous voulons activement réduire les différenciations entre les genres, il est essentiel de déconstruire les biais cognitifs qui nous poussent à voir un homme ou une femme avant même de voir une personne.
À quoi ressemblerait un monde sans distinction entre homme et femme ?
Pour tenter de l’imaginer, essayez cette expérience : fermez les yeux, utilisez votre voix intérieure et adressez-vous à une personne imaginaire. Dites une fois « Bonjour Monsieur », une fois « Bonjour Madame », et une fois simplement « Bonjour » suivi d’un prénom.
Quelles différences sensorielles et émotionnelles ressentez-vous ?
